Memoria Lemosina

Memoria Lemosina

Un documentaire de  création de Léa Neuville

37min
Montage - Pamela Maddaleno et Léa Neuville
Montage et mixage son - Erwan Lemao
Images additionnelles - David Becheri
Images 8mm - Claude Neuville

En post-production
 

J’ai toujours entendu parler de la Corrèze et du Plateau de Millevaches. Sur trois générations, les hommes de ma famille ont été, tour à tour, intimement liés à ce territoire, attirés par cette terre, imprégnés d’elle comme d’un paradis perdu. De ce tropisme j’ai commencé à vouloir faire un film, avec le désir de retourner aux origines d’un lien particulièrement fort à un lieu dont la charge affective m’avait seulement été transmise à travers des récits.

Dès les premiers repérages, j’ai rencontré Marc, un ami de la famille et agriculteur du Plateau, qui m’a guidé sur les traces des souvenirs de mon père et de mon grand-père. Je logeais sur ses terres et en échange de son aide, j’ai commencé à l’aider pour certains travaux de la ferme : changer les vaches de champ, tondre les brebis, poser des clôtures etc. De là, le sujet de mon film a doucement glissé. Rapidement c’est vers lui et sa pratique que l’écriture du film a dévié.
Marc, lui aussi – littéralement - dans un retour aux racines, était en train de se lancer dans la culture du sarrasin. Cette plante rustique fut longtemps cultivée sur le Plateau avant d'être abandonnée avec la disparition des fermes vivrières.
Mon projet de film a immédiatement fait écho chez lui, de part l’intérêt qu’il y voyait à garder trace de son expérimentation de réimplantation du blé noir et parce que cela répondait à un soucis grandissant de transmission.

Bénéficiant de l’aide à l’écriture de documentaire de création de la région Limousin en 2014 pour le projet à l’époque encore titré “Le Retour du Blé Noir”, j’ai pu intensifier mon travail de recherche et d’écriture. Au fur et à mesure de mes séjours, le sujet du film s’est encore élargi, de la culture du blé noir à l’ensemble de l'activité agricole de Marc, puisqu'il est avant tout éleveur d’ovins et de bovins.
Partant de l’enquête familiale, j’ai donc finalement préféré raconter l’histoire d’un lieu un peu reculé où un homme travaille en intelligence avec son environnement et tente de maintenir une relation respectueuse du vivant, au-delà des questions de rentabilité. Au final, j'ai la sensation d'avoir retrouvé l’approche « paysanne », cette façon de vivre avec la nature qui a tant marqué mon père et mon grand-père, jusqu’à la fantasmer.

En suivant cette vision romantique, j’ai souhaité livrer un point de vue à la fois poétique et écologique d'une agriculture dite raisonnée, en respect du vivant. Je crois que la douceur, la délicatesse, la fascination enfantine que j’ai vu surgir du creux de cet « homme robuste » - figure commune à Marc et aux hommes de ma famille - sont des qualités précieuses à convoquer, parce qu’elles sont à l'origine du soin que l’on porte au vivant et participent du désir d’agir en sa faveur et pour sa protection. Elles ont nourri la forme du film aujourd'hui intitulé Memoria Lemosina, traduction en patois local de « mémoire limousine».